47 Magazine - 45 : Février 2019

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Apiculture : Butinons de ruche en ruche…

Depuis deux ans, le mois de janvier est placé sous le signe des abeilles : marché au miel, découverte culinaire chez les restaurateurs, vente aux enchères de ruches… Toutes ces actions sont la preuve que ce petit insecte, sentinelle de notre environnement, est chouchouté en Lot-et-Garonne ; territoire qui est d’ailleurs son terrain de jeu avec ses quelque 70 cultures différentes ! Tout au long de l’année, des initiatives sont également mises en œuvre pour que l’abeille se sente bien chez nous. Nos apiculteurs prennent soin de leur cheptel et valorisent les produits issus de la ruche. Le journal « 47 » vous propose un itinéraire très « Api ». De ruche en ruche, vous allez découvrir des femmes et des hommes passionnés par leur métier.

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    Saint-Nicolas-de-la-Balerme

    Guillaume Vallée est un jeune apiculteur de 32 ans. Il a installé ses colonies sur l’exploitation d’un couple d’apiculteurs à la retraite qui lui ont « donné le virus des abeilles ». Il a appris le métier sur le tas, en se documentant sur Internet, en assistant à des conférences et en se formant sur l’élevage des reines. Toutes les ruches sont dans un rayon de 15 km autour de Caudecoste et fournissent du miel toutes fleurs, de tournesol et de colza. Guillaume est passionné par son métier et fait tout son possible pour protéger les abeilles des frelons asiatiques, « un réel fléau », selon lui. « Il y a de plus en plus de nids. Il faut vraiment faire quelque chose. » Alors, il s’est équipé pour les détruire : perche télescopique, vêtement de protection… Il confectionne aussi des pièges pour attirer les frelons qui peuvent décimer une ruche entière. « Ils sont en vol stationnaire devant les ruches pour attraper les abeilles. Ensuite, ils les décapitent et ramènent les corps dans leurs nids. Les abeilles sont hyper stressées car elles sont en situation de défense permanente. Elles ont dû mal à récolter le pollen et le nectar nécessaires à la colonie. Et sans cette nourriture, la reine pond moins et l’essaim peut disparaitre. » À son niveau, Guillaume tente d’amorcer des démarches pour que des actions soient enfin mises en place pour lutter efficacement contre le frelon asiatique.

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    Sainte-Livrade-sur-Lot

    Le rucher-école a été créé, dans les années 2000, par le syndicat L’Abeille Gasconne et le Groupement de défense sanitaire apicole (GDSA 47). Installé près du lac du Salabert à Lacépède, il déménage, en 2014, au lycée agricole de Sainte‑Livrade qui souhaite développer sa formation apicole. « Depuis, notre centre de formation a trois missions. Tout d’abord, nous formons des adultes voulant posséder une ou plusieurs ruches. Chaque année, le groupe est composé d’une quarantaine de candidats à qui nous attribuons une ruche. De février à septembre, soit une vingtaine de séances, ils s’en occupent et apprennent à comprendre son fonctionnement avec un apiculteur‑formateur. La formation comporte des cours théoriques en salle et des cours pratiques sur le terrain », précise Jean Auzeral, président de l’association le rucher-école. « Ensuite, nous avons une convention avec le Conseil départemental et l’Éducation nationale qui nous permet d’accueillir des scolaires. Nous faisons essentiellement des demi-journées pédagogiques. » Enfin, la 3e mission du rucher-école est de mettre à la disposition du lycée agricole quelques ruches, le matériel et les équipements nécessaires à leur exploitation. « L’établissement propose une formation BPREA – Brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole, module apiculture. Sur les 20 jeunes en formation, 12 l’ont choisi. Les professeurs du lycée assurent la formation théorique et pratique avec l’appui de deux ou trois apiculteurs professionnels. »
    Un rucher existe également au lycée agricole de Nérac, géré par des professeurs qui ont été formés au rucher-école de Sainte-Livrade.

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    Saint-Sylvestre-sur-Lot

    12 apicultrices et apiculteurs indépendants de Lot-et-Garonne et de départements limitrophes se sont regroupés en coopérative en 2017. Baptisés Les Apiculteurs Gascons, ils ont pour buts de soutenir la commercialisation des miels de notre territoire et de lutter contre les miels importés qui profitent d’une absence de réglementation au niveau de l’étiquetage. En effet, pour le miel, rien n’oblige à mentionner le pays d’origine, les pourcentages de miel étranger, de sucre rajoutés… En se fédérant, ces apiculteurs ont mis en place un « cahier des charges et des contrôles » certifiés par des analyses de leurs miels afin de garantir aux consommateurs la qualité et la traçabilité d’un vrai miel 100 % de nos terroirs. Cela leur permet de pouvoir commercialiser leurs produits dans tous les réseaux de distributions. Ils sont présents dans beaucoup de magasins, ce qui permet de pouvoir acheter leurs miel facilement. Ils sont reconnaissables grâce à leur logo.

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    Montignac-Toupinerie / Saint-Jean-de-Duras

    David Marcon est apiculteur à Montignac-Toupinerie depuis 2010. À cette époque, les aléas de la vie l’empêchent de poursuivre son métier de plombier. En pleine réflexion sur sa reconversion professionnelle, un essaim d’abeilles a la riche idée de s’installer dans son jardin. « Il a bien fallu s’en occuper », explique-t-il. Alors, il se documente dans les livres, sur Internet, auprès des apiculteurs voisins… Voilà, il sera apiculteur lui‑aussi. Aujourd’hui, il possède une centaine de ruches qu’il installe au plus près de l’alimentation, comme en Dordogne dans les forêts de châtaigniers. Au mois de mars, il entrera dans le réseau des ruches connectées mises en place par le Département et L’Abeille Gasconne, depuis 2018 sur l’ensemble du territoire. Il installera son rucher (5 ruches) à Saint-Jean-de-Duras, à 20 km de chez lui. « Le système me permettra de surveiller le poids, l’hydrométrie… de mes ruches en temps quasi-réel, directement sur mon téléphone ou ordinateur. » Le recoupement des renseignements lui donnera de précieuses informations sur la période et les conditions climatiques les plus favorables à l’obtention du meilleur rendement… Membre de la coopérative, Les Apiculteurs Gascons, il écoule ses miels (colza, acacia, châtaignier, forêt, tournesol…) via le réseau.

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    Saint-Robert

    Nathalie Lajoye est l’une des rares femmes apicultrices de Lot‑et‑Garonne. Elle a choisi ce métier en 2011 à la suite d’une reconversion professionnelle. Ce choix s’est imposé assez logiquement puisque son père et son grand-père étaient apiculteurs. Rien de tel pour avoir une formation en temps réel et grandeur nature. Elle gère toute seule ses 160 ruches qu’elle a installées dans les Landes et en Gironde pour le miel d’acacia, en Dordogne pour le miel de châtaignier et dans un rayon de 30 km de Saint-Robert pour le miel toutes fleurs. Elle a également signé des contrats avec des agriculteurs locaux pour déposer ses ruches à proximité des champs de tournesols ou dans des vergers de kiwis et de pommes. Les abeilles jouent alors leur rôle de pollinisatrices. L’année dernière, Nathalie a récolté 2,5 tonnes de miel. Les très bonnes années, cela peut aller jusqu’à 4 tonnes ! Avec la cire, elle réalise des bougies et transforme aussi le miel en bonbons, gâteaux, pain d’épices… Elle vend essentiellement sa production à la ferme et sur les marchés (de Beauville notamment).

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    La Sauvetat-sur-Lède

    Daniel Van Sante est le seul producteur de gelée royale de Lot‑et‑Garonne. Il fait partie du cercle très fermé des 120 professionnels français, membre du GPGR (Groupement des producteurs de gelée royale). Le but de ce groupement est de lutter contre les importations de gelées royales qui sont de très mauvaise qualité car congelées. Mais, faire face à la demande nationale n’est pas facile : plus de 170 tonnes sont consommées en France pour une production française de 2,5 tonnes ! « Notre charte de qualité drastique permet de garantir une gelée royale de qualité », précise-t-il. Sur ces 125 ruches, il en consacre une trentaine à cette production. « De mai à juillet, il faut surveiller constamment les ruches qui produisent, au mieux, 1 kg de gelée par an et par ruche. » Cette substance ne se trouve pas, comme le pollen ou le nectar, sur les fleurs. Elle est entièrement fabriquée par les glandes des nourrices qui alimentent la reine, ce qui explique le faible rendement… « J’élève aussi des reines… Des apiculteurs viennent se fournir chez moi lorsqu’ils veulent multiplier leurs essaims. » Daniel vend sa gelée royale, son miel, ses produits à base de propolis et son pollen frais directement chez lui (Plaine du Pech à La Sauvetat), à La halle fermière à Condezaygues et Au potager de Marjorie au Temple-sur-Lot. « En septembre, je pourrai vendre en magasins bio puisque je suis actuellement en conversion. J’ai également prévu de consacrer une cinquantaine de ruches à la production de gelée royale pour doubler ma production. »

  • L’apiculture en chiffres

    • 16 000 ruches en Lot-et-Garonne
    • 400 apiculteurs
    • 1 syndicat : L’Abeille Gasconne
    • 10 à 60 kg de miel par ruche et par an
    • 40 000 tonnes de miel consommées en France par an
    • 20 000 tonnes de miel produites en France par an
  • Le Département s’engage...

    À travers son Plan apicole, le Conseil départemental soutient la filière et souhaite créer, à terme, un système « api » alliant la formation, le tourisme, l’économie, l’environnement… Pour cela, le Département travaille notamment en étroite collaboration avec le syndicat L’Abeille Gasconne. Déjà des actions concrètes ont vu le jour, d’autres se mettront en place progressivement. Pour que les abeilles s’épanouissent chez nous, il faut leur assurer une alimentation variée, lutter contre les nuisibles (lire page 15) et prendre soin de la qualité environnementale. Aussi une Charte de coexistence est née des travaux impulsés par le Département dans le cadre des États généraux de l’agriculture en 2010. Depuis, les apiculteurs et les agriculteurs mettent en place des actions communes. Pour assurer un logement aux abeilles, une centaine de ruches a été construite localement et d’autres pourraient l’être prochainement grâce à un partenariat avec une entreprise d’insertion. Modernes car connectées, elles sont équipées de capteurs mesurant leurs performances et permettant, notamment, de déjouer les vols ! Autres actions : faire connaître l’insecte au grand public pour que tout le monde vive en harmonie. Ruches pédagogiques, marché au miel, semaine du miel… sont quelques-unes des actions menées dans ce sens. Le Département attribue également une bonification à l’installation de 2 000 € aux jeunes agriculteurs se lançant dans l’activité apicole.

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