Les espaces de coworking sont apparus à San Francisco en 2006. Ces lieux de travail partagé rappellent les ateliers d’artistes où chacun pouvait échanger sur sa production. Aujourd’hui, soit 8 ans plus tard, la pratique se développe à Agen. Les coworkers (les utilisateurs du lieu) peuvent échanger sur leurs idées, leur travail, leurs compétences, leurs problématiques, mais aussi créer des synergies en partageant un lieu professionnel et ses charges : loyer, chauffage, eau, électricité, imprimante… C’est à « La Fontaine » qu’ils se retrouvent. L’endroit est né de trois « isolées » : une traductrice en télétravail, une webjournaliste et une consultante emploi. Elles ne le savent pas encore, mais ensemble elles vont être à l’origine d’une première en Lot‑et‑Garonne.
Toutes les trois partagent un même constat : si travailler confortablement chez soi ne manque pas d’atouts, à la longue, cette liberté si convoitée s’avère pesante. La maison devient alors « prison dorée », les réseaux sociaux virtuels ne remplacent pas les collègues, la procrastination (tendance à tout remettre au lendemain) plombe l’agenda, le méli‑mélo se fait entre vie privée et professionnelle… Isolement, solitude, fluctuation du moral… de nombreux sentiments apparaissent et ils ne sont pas toujours positifs. Le moment est donc venu de rencontrer des gens pour échanger. Elles le font dans un salon de thé. Au menu, leur désir d’un lieu commun de travail. L’idée est sympa mais ça ne suffit pas. Elles regardent ailleurs et notamment en direction de Toulouse et de Bordeaux où se sont développés des espaces de coworking comme le réseau « Cantine ». Elles en parlent autour d’elles et trouvent une dizaine de personnes ayant les mêmes besoins de partage.
La demande étant là, elles se lancent et créent en avril 2013 l’association Canti’Net pour réaliser l’ingénierie du premier projet de tiers‑lieux agenais. « Au Conseil régional, on nous encourage mais d’autres gens nous affirment que ça ne marchera pas », déclare Martine Puig, présidente de Canti’Net. L’association s’attaque à plus haut et vise le soutien de l’Europe (FSE – Fonds social européen) dont l’aide arrive en fin d’année : un très beau cadeau de Noël ! Pour la période de janvier à septembre 2014, un emploi est créé(1), l’association cherche d’autres soutiens et un local. Elle fédère aussi une communauté de futurs utilisateurs qui s’impliquent.
La Région Aquitaine apporte en août dernier, une aide de 46 383 € pour l’ouverture du tiers‑lieu et la création d’un réseau 47. « La Fontaine » qui préfigure trois autres tiers‑lieux ruraux (2) jaillit : 170 m2 comprenant un open space (espace ouvert) de 20 postes de travail sur deux niveaux, une salle de réunion / formation, deux bureaux individuels, deux coins téléphones, un espace repas-cafés avec connexion Internet Haut débit, des ateliers de partage de compétences, des animations. Le projet prend son envol et rassemble de nombreux partenaires comme le Conseil général.
Le coworking ne doit pas être mis dans les cases « hôtels d’entreprises » ou « pépinières ». Ici, la communauté précède le lieu. Issus d’horizons différents, les coworkers créent ensemble un écosystème hétérogène et collaboratif. Ensemble, ils insufflent l’énergie à l’espace de travail et supplantent la vision tayloriste du chef qui contrôle et dynamise ses travailleurs. « Pas de coworking sans association de deux éléments : un espace de travail partagé, également appelé tiers‑lieu et un réseau de coworkers (travailleurs) qui collaborent. Ces lieux deviennent des leviers importants de développement territorial car leur ouverture non seulement dynamise une vie locale mais crée également un cadre favorable à l’émergence de projets qui correspondent à de vrais besoins », conclut Martine Puig.
(1) David Bès est salarié chargé du développement de l’association.
(2) Prayssas, Sérignac-sur-Garonne et Nérac : Canti’Net propose d’identifier et de rassembler des communautés de futurs utilisateurs, aussi bien indépendants que salariés télétravailleurs résidant dans ces territoires périurbains.

