L’activité de votre association a dû être chamboulée par le confinement ?
L’annonce du confinement a en effet été suivie d’une période d’intense recherche. Comment poursuivre notre travail de lutte contre l’isolement des victimes des violences intrafamiliales ? Les lieux de permanences fermés, il ne fallait pas que les personnes isolées se sentent totalement abandonnées dans des situations de harcèlement H24. Le téléphone URGENCES devait continuer à fonctionner. Il ne m’a plus quitté un seul instant. Il y eu moins d’appels directs mais la complémentarité entre les institutionnels et notre association s’est avérée être une réalité presque quotidienne.
Nous avons également stoppé la préparation des événements prévus pour avril et mai. Il est difficile de se projeter pour programmer de nouvelles dates. Mais, nous sommes restés mobilisés. Le point positif de cette situation est que nous avons reçu de nombreux appels de personnes désireuses de venir en aide aux victimes de violences familiales. La plupart ont eu la chance de sortir du cycle des violences et témoignent que cela n’a été possible que grâce à l’écoute et au soutien d’autres humains.
À titre personnel, comment avez-vous vécu cette période ?
Je suis très soucieuse face aux angoisses qui s’installent, face au repli sur soi. Beaucoup sombrent dans la peur : peur de la maladie, peur des autres qui transporteraient le virus, peur du manque. Certes, les risques de contagion sont là mais qu’adviendra-t-il des relations humaines au quotidien, de la solidarité comme de la bienveillance si c’est « la peur de » qui prime ? Je respecte le désarroi de certains mais je pense que ces épreuves doivent être dépassées collectivement en donnant à l’Humain la place qui doit être la sienne.

